Florence

Ana Moreau, 2020

T'as déjà vu un oiseau dans l'eau ?
...
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Tu peux me dire des mots d’amour, tu peux m’emmener à Florence
Tu peux me prendre par la main, tu peux jouer les arrogances
Tu peux me faire pleurer d’amour, dans les soupirs ou le silence
Tu peux me faire battre en tambour, le cœur comme une appartenance

Tu peux me jouer Roméo, tu peux jouer l’extravagance
Tu peux me faire les yeux Bardot, oui je crois comme une insolence
Tu peux faire chagriner mes fleurs, tu peux jouer l’indifférence
Tu peux me laisser cœur en pleurs, me prisonnier de ton absence

Non ne me dis pas que tu m’aimes, puisque toujours l’amour s’enfuit
Si les mots sont toujours les mêmes ,qu’ils se disent autant qu’ils s’oublient
Non ne me dis pas que tu m’aimes, ne me fais pas couler la pluie
Si l’amour c’est toujours la même, qu’il s’efface autant qu’il s’écrit

Tu peux me faire des Traviata, des Butterfly sur Barbara
Tu peux me faire des opéras, en dessous du balcon tu vois
Tu peux me faire Reine Margot, tu peux me peindre des châteaux
Sur le pinceau ou le couteau, tu peux me sculpter la Milo

Tu peux me chanter du Verdi, tu peux perler tes yeux de pluies
Tu peux me faire des tragédies, de nos racines des comédies
De l’art oui jusqu’au pont des Arts, tu peux me raconter l’histoire
De ceux-là qui par leur regard, savent faire de la fin le départ

Tu peux m’emmener en Toscane, tu peux me refaire Caravage
Tu peux m’emmener comme une gitane, dans un flamenco à Carthage
Tu peux bien me chanter la messe, sur des gondoles qui nous confessent
Que la fin de notre histoire, restera dans nos mémoires

Non ne me dis pas que tu m’aimes, puisque toujours l’amour s’enfuit
Si les mots sont toujours les mêmes, qu’ils se disent autant qu’ils s’oublient
Non ne me dis pas que tu m’aimes, ne me fais pas couler la pluie
Si l’amour c’est toujours la même, qu’il s’efface autant qu’il s’écrit

Non ne me dis pas que tu m’aimes, puisque toujours l’amour s’enfuit
Si les mots sont toujours les mêmes, qu’ils se disent autant qu’ils s’oublient
Non ne me dis pas que tu m’aimes
Non ne me dis pas que tu m’aimes
Non ne me dis pas que tu m’aimes

Les lieux du crime

Ana Moreau, 2020

On m'a dit que t'étais passé dans le café de nos amours
Qu'il y avait à ton bras perché encore une poule pour les basses-cours
Il paraît que toi tu vas bien, que tu joues bien les comédies
De ceux qui cachent leur chagrin comme un sourire vous cache un cri
Moi j'ai toujours mélancolie, mon cou pendu aux paupières
Toujours qui fait couler la pluie dans les sillons de la lumière
Je pense à toi tu sais, parfois, quand je regarde par les taxis
Je me dis que tu marchais là, où un jour est tombée la pluie
Tu m'as quitté, je t'ai quitté, on s'est perdu, ça va de soi
Si ne s'écrit l'éternité, que de(ux) solitudes ici-bas
Tu m'as aimé, je t'ai aimé, oui comme personne ne t'aimera
Dis-moi qu'est-ce qu'on aura laissé en souvenir de toi et moi
J'ai pas compris au bout du fil quand tu me dis que c'est fini
En un instant s'est arrêté de battre mon coeur sous la pluie
Je suis restée là sans rien dire, que dire face à la cruauté ?
Qu'un jour ou l'autre l'un doit partir et laisser l'autre assassiné
Alors on se laisse comme ça, bouffés par la foule anonyme
Alors est-ce qu'on en reste là, à regarder les lieux du crime
Oui cet amour qui fut un jour, le plus beau jour d'humanité
Pour finir en triste carrefour, notre union s'est séparée
Tu viveras d'aventures, encore
Et je viverai de nuits sauvages
Qui sait je trouverai de l'or
Puis je ferai mes bagages
Pour un marin de Gibraltar ou qui sait pour un aigle noir
Je finirai au fond des bras oui des rivières de l'au-delà
Tu m'as quitté, je t'ai quitté, on s'est perdu, ça va de soi
Si ne s'écrit l'éternité, que de(ux) solitudes ici-bas
Tu m'as aimé, je t'ai aimé, oui comme personne ne t'aimera
Dis-moi qu'est-ce qu'on aura laissé en souvenir de toi et moi
J'ai pas compris au bout du fil quand tu me dis que c'est fini
En un instant s'est arrêté de battre mon coeur sous la pluie
Je suis restée là sans rien dire, que dire face à la cruauté ?
Qu'un jour ou l'autre l'un doit partir et laisser l'autre assassiné
J'ai pas compris au bout du fil quand tu me dis que c'est fini
En un instant s'est arrêté de battre mon coeur sous la pluie
Je suis restée là sans rien dire, que dire face à la cruauté ?
Qu'un jour ou l'autre l'un doit partir et laisser l'autre assassiné
Et laisser l'autre assassiné

Pierrot dans l'espace, 2017

Auteur : Damien Saez

Actrice : Ana Moreau

Tu sais faire l’amour toi ?
P’t’être ça s’fait pas l’amour, c’est pas un truc qui s’fabrique, c’est pas un truc qui s’vend,
Ca s’vit l’amour…
C’est fou y a des moments comme ça, on voudrait qu’ils s’éternisent, on voudrait qu’ce soit pour toujours.
C’est p’t’être ça l’amour, c’est quand on veut qu’ce soit pour toujours, même si on sait qu’ça existe pas,
Toujours, ce s’rait comme voir le bout d’l’infini toujours,
Mais ça existe pas l’bout d’l’infini.
C’est pour ça qu’c’est l’infini , c’est comme l’amour, c’est jamais fini.
Moi j’aimerais bien ça qu’ça dure toujours les moments.
Mais ça dure jamais bien longtemps, alors faut en profiter.
Tu vois quoi ?
Moi j’vois des pays.
T’avais ça les planètes qui s’allument toi ?
Les terres qui s’allument dans les chambres d’enfants.
Les terres qu’on fait tourner, du bout des doigts,
Moi j’faisais tourner ma terre en y posant l’index, en fermant les yeux pour savoir où j’atterrirais,
Et puis j’rêvais.
Faire tourner la terre sur une terre qui tourne toute seule alors quand t’as l’occase de la faire tourner la terre, faut pas lâcher,
C’est tellement elle qui nous fait tourner d’habitude la terre, à savoir si c’est pas pour ça qu’on a peu trop la tête qui tourne,
Nous qui tournons sans savoir qu’on tourne, tous les jours, on tourne, comme un manège dans l’espace,
De lever du jour en lever de lune.
Alors on fait tourner nos rêves, du bout des doigts dans des chambres d’enfances,
On fait tourner nos mondes pour mieux rêver et voir du bout des doigts où nous emporteront nos rêves,
Avant qu’on soit trop vieux pour faire tourner nos terres dans des chambres d’enfant,
Avant qu’on soit des cons d’adulte, avant la thune, avant la société, avant qu’on ait fini d’grandir puis qu’on soit plus qu’un dos qui s’courbe petit à petit pour y retourner à la terre,
Avant qu’on vende ses rêves.
J’rêvais de c’que s’rait ma vie.
Du voyage qu’elle serait ma vie.
On s’goure toujours quand on est gamin, mais alors qu’est-ce qu’on rêve.
Alors moi j’vois des pays quand j’regarde mon plafond.
Puis des étoiles.
Tu les vois les étoiles ?
Moi j’en vois plein, on dirait des papillons les étoiles.
Tu crois qu’ils nous voient ?
Ceux d’l’autre côté, d’l’autre côté du miroir ou du plafond,
Ceux d’l’autre côté du ciel.
Le ciel c’est où on veut qui soit tu sais, partout on peut en faire du ciel, dans les yeux d’l’autre on peut en faire du ciel.
Alors tu crois qu’ils nous voient ?
Les perdus dans l’espace, dans les galaxies.
Y a p’t’être un p’tit E.T. qui nous fait coucou là-bas,
Un truc bizarre de Mars ou d’plus loin,
Genre de planète qu’on connaît pas encore, mais qui auraient des télescopes interstellaires,
P’t’être ils nous regardent pour comprendre l’amour peut-être.
Ou p’t’être un qui s’est perdu dans l’espace,
Qui est dans son costume de cosmonaute, qui est tout seul perdu là-haut puis qu’il nous fait des signes puis qui nous voit mais nous on l’voit pas.
Ou p’t’être qu’il s’est pas perdu puis que c’est eux qui l’ont oublié quand ils ont posé leur putain de drapeau,
Qu’ils ont posé leur putain de fusée, ou alors c’est lui qui a dit non merci ça va j’redescends pas, ça va j’ai donné,
J’vais rester là assis sur la vieille pierre, j’vais faire Pierrot tout seul vous m’en voudrez pas. P’t’être qu’il nous voit là Pierrot,
Puis qu’il nous fait des signes parce qu’il est tout seul là-haut, Qu’elle est pas v’nue Colombine… elle fait l’trottoir…
Colombine… elle fait l’trottoir…
Ferme les yeux… on va l’entendre chanter, Pierrot.

Tu crois aux fantômes, 2017

Auteur : Damien Saez

Actrice : Ana Moreau

Tu crois aux fantômes ?
Moi j’crois qu’c’est nous les fantômes puis qu’on l’sait juste pas.
On croit qu’on est là mais en fait on est déjà plus là.
Et en fait les fantômes c’est pas les fantômes, c’est les vivants qui cherchent à nous parler, ou à nous fuir…
Moi j’parle aux fantômes, j’les sens souvent, ils sont là ils m’regardent, comme si c’était l’monde d’avant qui m’regardait,
Comme si c’était mon passé qui m’regardait, ceux qui sont morts qui m’regardent et qui m’parlent.
Alors j’danse avec eux parfois, j’danse avec mes fantômes, j’danse avec les morts.
Faut jamais les laisser mourir les morts, faut danser avec eux.
Puis si t’as l’air d’une folle c’est pas grave, toi tu parles avec les morts…
Faut jamais les laisser mourir les morts.
Y a qu’comme ça qu’on meurt jamais.
Faut les faire danser, faut leur parler.
Moi j’crois aux fantômes, j’les sens.
Faut les faire danser, faut leur parler, faut les faire vivre encore les morts.
Y a qu’comme ça qu’on meurt jamais.
Faut les faire danser, danser le tango de la mort avec eux.
Tu veux qu’j’te montre ?
J’peux t’montrer si tu veux.
J’peux t’montrer comment on danse avec la mort.
Mais non n’aie pas peur.
J’vais pas m’laisser partir…
J’vais juste m’envoler un peu, mais j’ai l’habitude t’inquiète, j’sais r’descendre.
J’parle aux fantômes.
C’est comme ça qu’j’parle à mon père.
Mon père il est parti trop vite.
Puis on s’connaissait pas bien lui et moi.
Alors j’ai pas eu l’temps, pas eu l’temps d’lui dire, tu vois, les trucs qu’on doit toujours dire aux gens,
Comme ça quand ils partent, ben… ils partent pas sans rien dans leurs bagages pour le grand voyage.
Et nous on n’a pas bien eu l’temps d’se dire ces trucs-là.
Alors j’lui dis maintenant quand j’danse avec la mort.
J’lui dis mes trucs de fille, puis j’danse avec lui, comme quand l’père il danse avec sa fille quand elle se marie,
Alors j’fais comme si j’me mariais tous les jours, comme ça j’danse avec lui tous les jours,
Mon père.

Tu m’emmènes, 2017

Auteur : Damien Saez

Actrice : Ana Moreau

La poésie tu l’as où tu l’as pas, alors quand tu l’as pas, ben faut être les autres…
Puis surtout faut savoir prendre les trains, puis surtout faut savoir pas s’gourer d’train,
Parce qu’y a des trains qui s’arrêtent plus et toi tu voudrais descendre parce que t’as vu qu’le paysage par la fenêtre il t’plaît plus, y a plus l’horizon,
Et moi, moi, ben moi j’peux plus descendre ou alors faudrait se j’ter.
J’vais d’wagon en wagon et y a c’putain d’train qui s’arrête pas…
Alors j’me jette dans des bras, dans des bras qui m’aiment, ha faut les voir comme ils m’aiment,
Ils font gerber comme ils m’aiment, parce que moi j’m’aime pas… Et moi j’suis comme ça, j’y peux rien
J’l’ai pas la poésie, et pourtant comme je l’aime.
Y a celles qui l’ont pas mais qui savent la lire et la suivre..
Et puis y a les comme moi qui suivent les terre-à-terres, les vents qui mènent à rien.
Ca manque de rêve putain tout ça, putain comme ça manque de rêve,
C’est bizarre d’être dégoutée… dégoutée à vingt ans putain…
Ils m’aiment trop…
On m’a beaucoup trop aimée dans ma vie.
Et les seules fois où j’ai vraiment aimé, on m’l’a pas rendu…
Ca donne pas trop envie d’aimer.
J’ai plus envie d’toutes façons, j’ai plus envie d’aimer.
Tout c’que j’ai eu entre mes putains d’jambes…
J’ai compris l’mal que ça f’sait.
Puis là j’en ai un comme toujours, j’peux pas l’quitter, j’peux pas lui faire du mal parce que je sais c’que c’est que d’avoir mal.
Alors j’les laisse m’offrir des trucs, j’les laisse tuer ce putain de temps qui m’angoisse…
J’suis pas malheureuse, mais putain qu’est-ce que j’suis pas heureuse.
Tu vois les histoires c’est dur quand c’est profond, c’est un peu comme le cul en fait…
Alors j’préfère plus rien ressentir.
Putain les nuits où j’ai prié dieu de pas avoir rencontré l’enfer…
Pour plus ressentir cette horreur au fond, pour qu’on m’épargne enfin …
Faudrait s’préserver sans s’préserver en fait …
C’est beau d’tout donner mais ça fait trop mal putain,
Quand on est comme une vieille pute laissée sur un trottoir
Quand on ressemble en l’espace d’un fragment de seconde à la mort.
Elle me l’a dit la mort, elle m’a dit attention c’est pas loin…
Putains d’médocs, putains d’rasoirs, c’est ça aimer ?
C’est s’faire taper dessus, aimer ?
C’est frapper l’autre et vouloir qu’il meurt, aimer ?
C’est ça putain aimer, être tellement déchirée qu’on voudrait qu’tout s’arrête,
Etre tellement, infiniment arrachée dans l’âme qu’on veut même plus recoudre son âme à son corps,
Qu’on sait plus respirer, qu’on veut juste couper définitivement, couper et faire le deuil, le deuil de sa propre vie putain…
Comment j’ai pu m’gourer autant…
J’me suis mariée à Vegas…
Ben ouais parce que les filles comme moi on les marie pour de faux,
Et puis ben comme les filles comme moi valent pas mieux que des mariages en bois, ben elles acceptent,
Histoire de se dire qu’elles auront bien pourri le rêve de cette pute de princesse dans sa putain d’robe blanche,
J’lui pisse dessus à la putain d’princesse, puis sa robe j’lui fous dans l’cul.
Une putain d’blessure voilà c’que j’suis, une putain d’blessure.
Voilà j’suis comme toutes les connes qui parlent à des webcams,
Qui parlent aux satellites, en s’disant que p’t’être là-bas y’aura un anonyme ou un truc qui viendra m’sauver, qui m’écoutera pleurer.
Mais y’a personne. La bouteille, elle est perdue dans des vagues qu’ont pas de rivages.
J’m’en irai un jour, un matin ou un soir,
Je partirai c’est sûr.
Loin des autres,
Pour les plaines, pour voir dieu,
Il m’aime bien dieu, je sais qu’il m’aime bien.
Puis j’irai voir Suzanne, et puis New-York aussi,
J’me ferai enlever mon tatouage à New York,
J’me ref’rai une nouvelle peau, une peau toute neuve rien qu’pour moi.
J’ai déjà vécu mais tu sais pas comme mon cœur bat, il bat comme si il v’nait de naître,
Puis c’est quoi être libre? Etre libre c’est partir, juste partir,
Tu sais pas pour où, tu sais pas avec qui, un train, un bus, un mec,
Puis surtout tu reviens jamais…
R’garde moi ces merdes sur les routes dans leurs corbillards roulants, putain ça sent la mort.
J’m’en irai un jour, j’m’en irai,
Loin de tout ça, de ces merdes qui m’entourent,
Putain d’famille, putains d mec, putains d’putains que j’me tape
Le rien, la merde, le vide…
Putain ils m’font rire…
J’frai du stop pour m’taper des routiers ouais…
Tu veux qu’on baise ?…
Un mec ça veut toujours qu’on baise….
Moi j’m’en fous.
J’peux crever j’m’en fous.
J’ai trop morflé. Ils ont trop pris mes reins, trop pris mes reins, trop pris putain.
Des coups de marteaux dans les reins…
Faut souffrir pour être belle, moi j’dis qu’c’est surtout quand t’es belle que tu souffres…
Pathétique.
C’est le sacre du printemps
Le sacre de mon cul ouais,
J’ai envie d’vivre… putain comme j’ai envie d’vivre…
Tu m’emmènes ?
Ou si tu veux c’est moi qui t’emmène.

Ma terre, 2017

Auteur : Damien Saez

Actrice : Ana Moreau

J’suis vénale, si tu savais comme j’suis vénale, j’me dégoute tellement j’suis vénale,
Puis eux ils m’dégoutent encore plus d’aimer ça.
Alors je leur donne le corps à ces putes.
Il vaut plus rien d’façons mon corps, il vaut que le mal qu’on lui a fait, qu’les coups qu’il a pris mon corps,
Puis ma superficialité…
Et y a toujours la p’tite fille dedans…
Ben elle aussi elle voulait être une putain, j’suis un peu paumée.
J’suis un peu paumée, si tu veux savoir j’suis carrément paumée,
Oh oui je sais d’où j’viens mais j’sais pas vraiment qui j’suis,
Puis j’sais pas où j’vais, j’sais plus.
Avant je savais pas tout ça…
C’est dû à ma famille, enfin à ma mère et mes sœurs…
Pourtant y avait rien, enfin rien…
Et puis quand j’suis partie, comme toutes les filles comme moi ben, ben on aime bien les paillettes,
Et puis la merde au goût d’argent, alors on y va, puis comme on aime les lumières, ben on s’y plonge comme un putain d’insecte qui se noie,
Comme un vieux papillon fou qui sait pas puis qui bat de l’aile, alors moi j’bats d’l’aile,
Chaque souffle que Dieu fait putain j’bats de l’aile comme un con d’papillon paumé dans la lumière,
Elle est sous l’eau la pute, alors lui il s’y r’tourne, tremper ses ailes trop gaugées pour s’envoler,
Pis tu l’aides à r’partir et à sécher ses ailes mais non…
Ben comme on est connes, nous les papillonnes, ben on r’tourne papillonner vers les lumières, pour s’y noyer encore...
Et les lumières, ça pervertit. J’suis pas tombée dans la drogue, ou juste un peu enfin j’sais plus.
Mais j’ai l’vice…
Sans l’oseille t’es rien,
Même si tu te rends compte que t’as l’vice, ça peut plus s’en aller de toi.
Alors faut s’éventrer, faut se vomir mais moi j’arrive pas à vomir, j’ai pas les couilles de couper.
Même si j’sais bien qu’ça m’empêche de respirer, ça reste encré, et j’crois pas que ça puisse s’en aller un jour,
J’sais plus respirer putain j’sais plus.
Putain d’tarée, voilà c’que j’suis.
En fait ma vie… elle a pas d’poésie ma vie, elle a du Vuitton puis du Rolex, puis des bites en Weston.
Même leur sperme il sent la thune, il sent l’acide, l’acidité d’la vie…
Enfin plutôt l’acidité d’la mort, mais moi j’m’en fous tant qu’ça paye.
J’l’ai aimé c’mec.
Il m’disait t’es tellement une princesse que j’veux pas t’salir, n’importe quoi…
En fait j’suis pas très sexuelle,
Les mecs aiment tellement le cul, et moi j’les fais tous bander les mecs.
Et quand ils bandent ils m’dégoutent,
et quand ils m’dégoutent j’aime ça
et plus j’ressens ça, plus j’m’enfuis…
J’aime pas ressentir ce truc qu’on aie trop envie de moi
Même quand j’suis amoureuse..
C’est ça qui est terrible.
La poésie tu l’as ou tu l’as pas, alors quand tu l’as pas, ben faut être les autres…
Puis surtout faut savoir prendre les trains, puis surtout faut savoir pas s’gourer d’train,
Parce qu’y a des trains qui s’arrêtent plus et toi tu voudrais descendre parce que t’as vu qu’le paysage par la fenêtre il t’plaît plus,
Y a plus l’horizon, et moi, moi, ben moi j’peux plus descendre ou alors faudrait se j’ter.
Mais j’vais de wagon en wagon et y a c’putain d’train qui s’arrête pas…
Alors j’me jette dans des bras, dans des bras qui m’aiment, ah faut les voir comme ils m’aiment,
Ils font gerber comme ils m’aiment, parce que moi j’m’aime pas…
Et moi j’suis comme ça, j’y peux rien,
J’l’ai pas la poésie, et pourtant comme je l’aime.
Et y a celles qui l’ont pas mais qui savent la lire et la suivre…
Et puis y a les comme moi qui suivent les terre-à-terres, les vents qui mènent à rien.
Si tu savais comme j’suis sale,
C’est bizarre d’être dégoutée…
Dégoutée à 20 ans putain…
Ils m’aiment trop… On m’a beaucoup trop aimée dans ma vie.
Et les seules fois où j’ai vraiment aimé, on m’l’a pas rendu…
Ca donne pas trop envie d’aimer.
J’ai plus envie d’toutes façons, j’ai plus envie d’aimer.
Tout c’que j’ai eu entre mes putains d’cuisses…
Labourée, labourée comme la terre, mais ma terre à moi elle est gelée, elle sent plus rien ma terre, et les couteaux des chariots d’feu i’ rentrent pas,
Alors ça déchire, ça déchire ma chatte, ça déchire ma terre.
Des chariots d’feu qui labourent ma chatte ouais,
Elle était belle avant ma terre, un coup l’été, un coup l’hiver
Un coup printemps, un coup monotone,
Des manteaux de flocons qui s’posaient d’ssus, puis des bourgeons qui s’ouvrent, puis qui sentent bon la vie,
Elle était bonne ma terre, des plantations qu’on aurait pu y faire sur ma terre puis qui sait,
Même des enfants, elle aurait pu être mère ma terre, une vraie nourrice ou plutôt une vraie nourricière.
La peau douce, les seins tout fermes puis des yeux d’horizon au regard des cimes,
Oh y avait bien l’océan qui v’nait d’temps en temps s’y pointer pour l’orage, pour faire pleurer son âme à ma terre, mais c’était normal,
Le fruit du temps qui passe, qui poussait sur ma terre, l’odeur d’la joie qu’elle avait avant, l’odeur d’la joie.
L’odeur des tout est possible.
Les seins comme des collines puis des volcans entre les cuisses,
Et la sève qui s’écoulait d’mon ventre à la terre pour nourrir de fertiles les sols gelés d’hiver qu’elle avait ma terre.
Puis maintenant c’est quoi, des puits d’pétroles au milieu du désert voilà c’qu’elle est ma terre,
J’la vends à qui veut payer, j’la mets au plus offrant,
Pour qu’on la prenne, pour qu’on la laboure, pour qu’on la pourrisse de d’dans son ventre,
C’est pour ça qu’j’fais d’l’asthme, parce qu’j’sais plus respirer,
C’est l’d’dans d’ma terre qui m’dit qu’i’ sait plus comment faire.
J’aime plus l’cul en fait, j’aime plus ces armées de déchires qui m’esquintent,
Comme ceux qui disent qu’i’ m’aiment, j’leur crache à la gueule moi, leur amour,
Il pue la merde leur amour, des amours de comptables qu’on m’a donnés ouais, des amours de banquiers, c’est pas l’amour ça,
L’amour c’est légionnaire, l’amour ça fait la guerre, ça tient pas des comptes, l’amour ça s’picole ça s’gerbe, ça crie putain l’amour,
L’amour c’est un whisky, un dix mille ans d’âge que les hommes et les femmes boivent depuis qu’ils s’emboitent,
Puis qu’on boit jusqu’à plus soif, c’est fait pour trinquer l’amour, trinquer les verres, puis trinquer tout court,
Mais trinquer par amour, pas fait pour s’séparer, l’amour, c’est fait pour s’faire pleurer,
Puis faire pleurer les bites puis les p’tites chattes pour qu’elles s’sentent vivantes les p’tites putes,
Mais eux ils m’aiment pas, il m’offrent des trucs
Alors j’les laisse m’offrir des trucs, j’les laisse tuer ce putain de temps qui m’assassine…
J’suis pas malheureuse, mais putain qu’est-ce que j’suis pas heureuse.
Tu vois les histoires c’est dur quand c’est profond, c’est un peu comme le cul en fait…
Mais y a encore plus dur, c’est quand tu sais même pas si c’est profond, corps perdu chute libre au fond d’l’eau,
Y’a plus d’lumière puis tu sais pas, tu sais pas si la surface est loin, tu sais pas si tu vas toucher l’fond, tu sais rien…
Juste que c’est l’agonie.
Alors j’préfère plus rien ressentir.
Putain les nuits où j’ai prié Dieu de pas avoir rencontré l’enfer…
Pour plus ressentir cette horreur au fond, pour qu’on m’épargne enfin -…
Faudrait s’préserver sans s’préserver en fait…
C’est beau d’tout donner mais ça fait trop mal putain,
Quand on est comme une vieille pute laissée sur un trottoir, les bas filés en douce,
L’rouge à lèvre qui bave, la mini-jupe fendue autant qu’l’trou noir qui t’sert de chatte,
Un bois d’Boulogne à toi toute seule, d’penser qu’un jour tu sortiras un chiard du même trou qui aura accueilli toute la laideur de l’Homme,
Bras ouverts qu’elle est ma chatte.
Un vrai s’cours populaire.
À genoux comme un Christ qui aurait perdu sa croix, mais c’est sa vie sa croix.
Elle te r’garde elle te sourit, mais y a des sourires qui sentent les larmes,
Quand on r’ssemble en l’espace d’un fragment de seconde à la mort.
Elle me l’a dit la mort, elle m’a dit attention, c’est pas loin…
Des putains d’médocs, des putains d’rasoirs, c’est ça aimer ?
C’est s’faire taper dessus aimer ?
Frapper l’autre et vouloir qu’il meurt aimer ?
C’est ça putain aimer, être tellement déchirée qu’on voudrait qu’tout s’arrête,
Etre tellement, infiniment arrachée dans l’âme qu’on veut même plus recoudre son âme à son corps,
Qu’on sait plus respirer, qu’on veut juste couper définitivement, couper et faire le deuil, le deuil de sa propre vie putain…
Comment j’ai pu m’gourer autant…
J’me suis mariée à Vegas …
ben oui parce que les filles comme moi on les marie pour de faux,
Et puis ben comme les filles comme moi valent pas mieux que des mariages en bois, ben elles acceptent,
Histoire de se dire qu’elles auront bien pourri le rêve de cette pute de princesse dans sa putain d’robe blanche,
J’lui pisse dessus à la putain d’princesse, puis sa robe j’lui fous dans l’cul.
Voilà, j’suis comme toutes les connes qui parlent à des webcams,
Qui parlent aux satellites en s’disant que peut être là-bas y aura un anonyme,
Un truc qui m’écoutera pleurer et viendra m’sauver, mais y a personne et la bouteille elle est perdue dans des vagues qui ont pas d’rivages…
Une putain d’blessure voilà c’qu’j’suis, une putain d’blessure.
...

Tu m’emmènes, 2019

Auteur : Damien Saez

Actrice : Ana Moreau

Tu veux faire des enfants ?
Des enfants du paradis pour faire le paradis sur Terre
Des enfants pour faire la Terre plus belle
Des p'tits ruisseaux qui deviendraient des grands fleuves
Les enfants pour des bords de mer, en guinguette, en goguette,
Tu crois que je serai belle avec un ventre rond ?
Un bidou tout rond pour un ptit dans l'bidon
Pour une petite fille ou un petit garçon
Tu veux l'écouter mon ventre ?
On entend la mer dedans
La mère que je serai quand j'aurai un enfant
Mais viens écoute c'est l'avenir que t'entends
C'est le lever de soleil infini que t'entends
Qui savera ma terre
C'qui fera qu'elle aura pas été alouré pour rien ma fertile à moi
Tu les entends dis, les cris des enfants ?
Tu l'entends l'univers ?
L'univers qui crie mais pas l'univers des cris
C'est l'univers qui crie de joie ça C'est pas l'univers des guerres, c'est pas la faim dans le monde ça
C'est pas la fin du monde
C'est pas le néant c'est le nouveau monde
Puis il y ce qui sauvera nos vies misérables
C'que t'entends, c'est l'inconnu devant avec un sourire d'enfant
L'univers est aux pieds d'un sourire d'enfant
Une ptite flaque d'eau d'un matin de pluie dans laquelle il saute à pieds joins le gamin
C'est ça l'univers
Les enfants c'est pas la vérité qui sortent de leur bouche
C'est la vérité qui sort de nos ventres les enfants
J'ai qu'un seul dieu moi et c'est mon ventre
Le gouffre, l'abime qu'on m'a trop abimé, puis que j'me suis trop abimé toute seule
C'est l'infini la-dedans, la magie des rencontres
C'est pas l'temps qui passe, c'est la vie qui nous dépasse
Dans le ventre des filles...
Il n'y a qu'un seul dieu sur Terre et c'est le ventre des filles
Vas-y tu peux lui parler si tu veux, fais pas ton timide
Vas-y tu peux lui parler à dieu, qu'est-ce que t'as à lui dire
T'as rien à lui dire ? Hein ? Hein ?
Alors juste écoute-le mon ventre
Ils ont pas de prénoms mes ptits bouts mais ils ont l'horion
L'horizon que j'leur offrirai puis même mieux ce sera eux qui contruiront l'hiriron
Pour des jours meilleurs à ma terre tu es la Terre entière
Les ouvrières de l'impossible que j'vais te faire moi
Et même si tout ça reste une portée de chiens à la portée des chiens que tous les caniches que la Terre ait portée
Même si on finit tous bouffés pas les vers, ben y'a que ça qui peut sauver la Terre
Les enfants
Y'a qu'ça pour venir nous poser des fleurs sur les pierres
Pour faire une éternelle à la Terre
Pour faire des jardins dans les cimetières
Des enfants pour faire chier les vieux
Puis pour nous faire chier quand on sera vieux
Pour faire rire le vent, pour faire sourire printemps
Puis pour courser les libéllules, puis pour parler aux fleurs
Puis pour faire des radeaux sur les ruisseaux du temps
Ils s'appelleront les enfants lune mes enfants
Des enfants clowns qu'ils seront mes enfants
Des enfants pour faire le clown, pour faire rire le printemps
Pour faire rire les cimetières
Puis pour poser des fleurs tout autour de la Terre
Putain d'époque
Alors, tu veux faire des enfants ?
Ouais mais pas avec moi stupide !
'Fin si p'tetre qu'on peut faire des enfants pour de faux
Et sinon toi tu veux faire des enfants
Ah ben non toi tu préfères faire l'amour, faire l'amour mais pas faire d'enfants
C'est quoi faire l'amour sans faire d'enfants ?
C'est quoi l'amour sans enfant ? C'est l'époque ?
Une photo numérique voilà ce que c'est
L'inutile quoi
En même temps c'est beau l'inutile aussi